Depuis le début de l’année, l’Institute of Translation and Interpreting (ITI) se mobilise sur plusieurs fronts pour défendre l’enseignement des langues et l’importance des professions linguistiques.
Par Sara Robertson, directrice exécutive (ITI)
L’ITI, qui a ouvert 2026 avec un coup d’accélérateur sur la politique linguistique, travaille avec d’autres institutions professionnelles à contrer la crise croissante de l’enseignement des langues et à accroître la visibilité des métiers de la traduction et de l’interprétation auprès du gouvernement britannique.
En janvier, nous avons publié, avec l’Association of Translation Companies (ATC) et le Chartered Institute of Linguists (CIOL), le rapport The strategic case for languages in UK higher education. Envoyé à la vice-présidence de toutes les universités du pays offrant des formations linguistiques, il expose les raisons économiques, stratégiques et culturelles de préserver les curriculums de langues et de traduction. L’ampleur du problème est considérable : depuis 2014, 28 universités ont supprimé des formations en langues modernes. L’effectif étudiant est passé de 125 900 en 2012-2013 à 80 100 en 2023-2024. Le coût annuel du déficit en compétences linguistiques s’élèverait à 3,5 % du PIB, notamment en manque à gagner à l’exportation.
Ces suppressions ne sont pas qu’un problème éducatif : elles nourrissent un cercle vicieux qui réduira le nombre de personnes qualifiées susceptibles d’exercer demain les métiers d’interprétation, de traduction et d’enseignement des langues, tout en créant des « zones d’exclusion » pénalisant avant tout les jeunes dans l’incapacité de partir loin pour étudier.
L’urgence de la question s’est imposée lorsqu’en février, l’université Heriot-Watt a annoncé envisager une réduction du personnel et la suppression de certaines formations du département des langues et des études interculturelles. Nous avons adressé une lettre ouverte à la direction l’engageant instamment à revenir sur ses projets, contestant l’idée que l’intelligence artificielle rend les formations linguistiques inutiles et soulignant le rôle d’Édimbourg comme centre diplomatique, culturel et économique qui s’appuie sur les compétences de haut niveau de personnes diplômées.
Les principaux arguments de notre rapport ont trouvé un écho dans un débat de la Chambre des lords organisé par la baronne Coussins sur la crise de l’enseignement des langues étrangères modernes, appelant à des efforts coordonnés en matière d’éducation, d’immigration et de politique économique. Dans une démarche transpartisane, qualifiant d’intenable la trajectoire actuelle, les Lords ont exprimé des doutes explicites sur la capacité de l’IA à remplacer la compétence linguistique humaine.
Outre cette campagne politique ciblant l’enseignement, nous avons contribué à des actions plus larges pour favoriser la collaboration entre organisations professionnelles. En janvier, Dean Evans, membre du bureau de l’ITI, a participé à la réception du forum des associations professionnelles (TAF) à la Chambre des communes. Le ministre du Commerce Chris Bryant, comme d’autres, y a souligné la capacité des associations professionnelles à contribuer aux politiques publiques lorsqu’elles s’expriment haut et fort d’une même voix. L’ITI est également signataire, avec plus de 60 autres organisations professionnelles, d’une lettre appelant le gouvernement à établir une relation plus stratégique avec ces associations et à intégrer la certification professionnelle à sa politique en matière de compétences et d’emploi.
Photo du parlement (Dean Evans)

