Traduction et interprétation au service de la justice en langues du Cône Sud

En juin 2023, un rendez-vous autour de la traduction et l’interprétation des langues qom et wichí (Chaco argentin) et mapudungun (Sud du Chili) a été organisé dans le but de pérenniser au niveau régional les recommandations issues d’une grande rencontre internationale de spécialistes de langues originaires et minoritaires (EITILOM), qui s’est tenue à Bogotá en Colombie juste avant la pandémie.

La rencontre de Temuco a priorisé les recommandations portant sur la formation professionnelle continue, la visibilisation et la nécessité de ces services, appliquées au champ de l’administration de la justice. Pourquoi ce choix ? Les tensions héritées d’une histoire coloniale et les luttes actuelles contre un modèle économique extractiviste, qui diminue les chances de survie des peuples originaires, finissent souvent au tribunal, où la volonté des gouvernements de respecter les droits linguistiques de ces peuples est mise à l’épreuve, des droits qui, en définitive, protègent les droits humains.

Pendant deux jours, des traducteurs, traductrices et interprètes judiciaires, fonctionnaires ou freelances, ont échangé avec des universitaires qui forment des professionnel·le·s en traduction, interprétation et terminologie, ainsi que des activistes, des juristes et des juges. Il est clairement apparu qu’aux besoins des locuteurs et locutrices des langues autochtones s’ajoutent depuis quelques années ceux des personnes migrantes, or la réponse des gouvernements et des institutions s’est limitée à quelques initiatives isolées. Les obstacles sont nombreux et de nature diverse, mais nous qui travaillons dans les langues majoritaires n’avons pas non plus fait preuve de suffisamment de proactivité en la matière. Nous avons laissé des personnes disposant de peu d’outils et de moins de ressources se débrouiller seules pour défendre les « petites » langues qui constituent pourtant la diversité linguistique de notre monde.

Il s’agit donc de mettre en exergue la dimension éthique et politique du travail de traduction. À l’heure où la traduction tend à devenir un paradigme des sciences humaines — la langue des langues, comme elle est parfois appelée  —, métaphore de toute compréhension possible, nous ne devons pas perdre de vue la responsabilité historique des entreprises coloniales et la disparition de modes de savoir et de pensée différents de ceux que véhiculent les langues dites centrales. Nous ne pouvons pas non plus ignorer les possibilités qu’offrent la traduction et l’interprétation, aujourd’hui, de contribuer à réduire l’exclusion sociale.

Notre rencontre, organisée par le Département des langues et le Noyau de recherche en études interculturelles et interethniques de l’université catholique de Temuco, n’aurait pu avoir lieu sans l’aide d’un fonds IHES du gouvernement chilien et sans la collaboration d’entités extérieures, telles que l’université de San Martín (Argentine), l’université d’East Anglia (Royaume-Uni), l’Asociación Argentina de Traductores e Intérpretes (AATI) et le Colegio de Traductores e Intérpretes de Chile  (COTICH). Cette vidéo a été financée par le fonds régional de la FIT.

Gertrudis Payàs, COTICH

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